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La Journée de Coppet 2012 en mots et en images

mardi 11 septembre 2012

La journée de Coppet du 2 septembre 2012 : « Écritures critiques dans le Groupe de Coppet ». La journée de Coppet, traditionnellement fixée au premier dimanche de septembre, s’appuyait cette année sur une riche actualité éditoriale : des Mélanges de littérature et de politique, dans le tome 33 des OCBC qui va prochainement paraître sous la direction de François ROSSET, au tome I2 des Œuvres complètes de Madame de Staël, qui réunit De la littérature et la mosaïque de ses essais littéraires (direction Stéphanie GENAND, parution fin 2012), en passant par J.J. Rousseau devant Coppet (dir. Florence LOTTERIE et Guillaume POISSON) et Sismondi biographe (Maria-Pia CASALENA), la variété des écritures invitait à reposer, quelques trente ans après les études fondatrices de G. Poulet, S. Balayé et J. Starobinski, la question de la « critique » au sein du Groupe de Coppet. Si le terme reste anachronique au tournant des Lumières, il permettait d’envisager le rapport à l’autre et les modalités de la rencontre avec les textes et les auteurs, tels que les Lettres sur les écrits et le caractère de J.J. Rousseau les définissent en 1788.

Florence LOTTERIE, présidente de la Société des études staëliennes, a ouvert ce dimanche ensoleillé en remerciant Léonard BURNAND, directeur de l’Institut Benjamin Constant, et ses collègues (dont Guillaume POISSON) du soutien décisif qu’ils ont apporté à l’organisation de la journée. Othenin D’HAUSSONVILLE accueillait généreusement les contributeurs et les quelque cinquante personnes qui s’étaient déplacées dans l’ancien pressoir du Château de Coppet. L’IBC s’était de son côté chargé d’organiser le déjeuner à l’Hôtel du Lac, inaugurant avec succès la nouvelle formule de ces journées, tandis que l’Association des études sismondiennes, représentée en la personne de Francesca SOFIA, Jacqueline de MOLO-VEILLON et Maria-Pia CASALENA, s’était impliquée dans le programme scientifique, résolument placé sous le signe de la diversité chère aux grandes heures de Coppet. F. LOTTERIE a ensuite rappelé la complexité de la question « critique », brillamment inaugurée par la résonance avec l’œuvre de Rousseau, et invité à explorer, sous la présidence de Léonard BURNAND, les enjeux de cette activité décisive, à la fois esthétique et politique, chez Staël, Constant et Sismondi.

Stéphanie GENAND a présenté la première communication de la journée. Intitulée « La critique staëlienne existe-t-elle ? », son intervention a permis de souligner, en lançant cette question polémique, la difficulté de cerner précisément les enjeux d’une théorie rétive, chez Staël, au système et au programme. Le refus de la « poétique », formulé dans le discours préliminaire de De la littérature, substitue aux velléités normatives la quête d’une restitution vivante de la parole de l’autre. La rencontre à Vienne avec le Prince de Ligne, dont Staël préface une anthologie en 1809, lui révèle la nécessité d’abandonner « la lettre morte » pour la conversation, modèle d’une critique incarnée, singulière, et qui trouve en Allemagne son plein épanouissement. Là où De la littérature analysait le « caractère général », De l’Allemagne officialise la notice individuelle et jette les prémices, à travers la rencontre avec Goethe ou Wieland, du « portrait littéraire » cher à Sainte-Beuve.

Florence LOTTERIE a ensuite prolongé cette question en proposant d’associer la méditation sur la tombe de Rousseau à la tentative d’inscrire une écriture féminine du politique dans le moment 1800. Si elles apparaissent comme un « tombeau pour un monde nouveau », pour reprendre le titre de sa communication, les Lettres sur Rousseau mêlent élan et mélancolie et restent traversées par le fantasme de réincarner l’inscription figée de la tombe. De l’épitaphe à l’épigraphe, l’écriture staëlienne est sans cesse écartelée entre programme et déploration. Des Circonstances actuelles, en 1798, sollicitent elles aussi Rousseau sur le seuil décisif du nouveau siècle. Staël, qui restitue le douloureux déchirement entre deux camps, l’identifie comme l’écrivain moderne capable d’inspirer le « nous » d’une parole communautaire. Associée à une réflexion sur la souffrance, individuelle en 1788 et collective dix ans plus tard, sa lecture répond à la quête d’une nouvelle éloquence, qui sache réconcilier les vainqueurs et les vaincus.

Après le déjeuner gastronomique proposé par l’Hôtel du Lac, qui a permis aux participants de profiter de la belle terrasse et de sa vue panoramique, François ROSSET a inauguré la séance de l’après-midi, sous la présidence de Francesca SOFIA. En centrant son propos sur « le personnage selon Benjamin Constant », il s’est attaché à montrer le caractère problématique de l’écriture critique chez l’auteur d’Adolphe. Partisan du mélange, de la fragmentation des articles plus que de la somme théorique, Constant réaffime le principe de la liberté et rejoint Staël dans sa dissidence à l’égard de tout programme définitif. Le chapitre de ses Mélanges littéraires consacré à Corinne et Delphine lui permet d’ébaucher une définition du personnage : au-delà de sa fonction morale et de l’exigence de vraisemblable, qui assimile la fiction au théâtre, Constant insiste sur la nécessité d’inventer un « caractère » synonyme d’individualité et d’une singularité nourrie de l’anthropologie complexe qui sous tend ses œuvres. À l’impossible unité du moi répondrait peut-être un corpus labile, où le rêve de cohérence se heurte à la tentation du concentrique et de la diffraction.

Prolongeant à sa façon cette belle réflexion sur le « caractère », Maria-Pia CASALENA a enfin conclu la journée en présentant la démarche critique de Sismondi. Appuyée sur son récent ouvrage, Sismondi biographe, elle a mis l’accent sur le rêve, chez l’auteur de l’Histoire des républiques italiennes, d’une histoire biographique qui prolonge l’histoire nationale. En choisissant de célébrer l’individu, Sismondi restitue à chaque acteur son rôle et invente une représentation singulière de l’histoire, nourrie des réflexions de Jean de Müller et de la collaboration sollicitée par les Frères Michaud. À la question de savoir quels traits méritent plus spécifiquement d’être signalés, Sismondi propose un homme indifféremment capable de subir ou d’inverser les cours des événements. Il privilégie l’histoire en acte sur le mythe politique et s’attarde, outre les royautés barbares et sanglantes, sur l’exception du Piémont, où l’exercice du pouvoir jouit de de l’influence des meilleures cultures étrangères et permet à l’individu de s’élever au-dessus des abstractions politiques.

Othenin D’HAUSSONVILLE, au terme de cette riche rencontre, a généreusement proposé aux participants et au public de se retrouver autour d’une « verrée » savourée dans la cour ensoleillée du Château. La Société des études staëliennes le remercie de sa générosité et de son accueil.

 
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